II. Intérêt du marché pour les entreprises

Les transports s’engagent à sauver notre planète : « Ticket to Kyoto » 

Les 5 acteurs majeurs des transports en commun en Europe ont crée le « Ticket to Kyoto » avec l’objectif de réduire les émissions de CO2 pour respecter le protocole de Kyoto. Le projet a pour but de dégager des idées pour réduire les émissions de CO2 des transports en communs à l’horizon 2020. Ces engagements sont bien entendu faits pour être le plus visible possible, pour améliorer l’image de l’entreprise, tout en faisant des économies grâce aux réductions de consommation et d’émissions de CO2.

L’exemple de la RATP

La RATP a une communication qui dépasse le cadre institutionnel et qui s’adresse même au grand public, avec l’envie de se donner une image « verte » au consommateur. Notons qu’elle axe la majorité de la publicité sur ses efforts énergétiques.

L’entreprise propose notamment le développement d’alternatives au bus et métro, et publie tous ses résultats sur son empreinte écologique.

« La RATP s’est fixée des objectifs ambitieux pour réduire ses consommations : moins 6 % à l’horizon 2012 et moins 15 % à horizon 2020, par rapport à l’année 2004.»

 

Procédés de captage

 Comment une entreprise peut-elle limiter ses rejets de GES? En quoi cela peut-il représenter un intérêt économique, dans le cadre du marché des droits ? Il existe des procédés permettant d’utiliser le CO2 rejeté directement dans le cadre des activités économiques de l’entreprise. Mais ces méthodes ont un coût, qui dépend du cours du carbone. Prenons l’exemple d’un problème qui se pose à l’industrie pétrolière : la viscosité du pétrole est un frein à sa remontée dans les puits. Une solution consiste à utiliser du CO2 pour modifier la viscosité ou bien pour “pousser” le pétrole. Mais que devient-il à la sortie du puits ? Deux systèmes existent : le procédé linéaire, qui rejette le carbone vers l’atmosphère, et le procédé en boucle, qui réutilise le CO2. L’intérêt du procédé linéaire en matière de lutte contre les rejets de GES semble inexistant, mais d’un point de vue “marché du carbone”, il permettra de transférer du carbone d’une entreprise à une autre et donc harmoniser les quotas avec la capacité réelle de rejet des entreprises fournissant ce CO2 aux groupes pétroliers, qui peuvent eux même mieux exploiter la grande quantité de quotas qu’ils détiennent. Ici, le marché joue un rôle déterminant car il donne de la valeur au carbone vendu. Il incite aussi les entreprises à opérer ce type de transactions. Son intérêt environnemental est certes limité car le carbone n’est utilisé qu’une fois avant d’être rejeté, mais là où on aurait pu avoir un rejet de CO2 depuis une entreprise quelconque et un autre rejet depuis un groupe pétrolier, il n’y a qu’un seul rejet, ainsi qu’une économie d’énergie.

Le deuxième procédé est plus intéressant puisqu’il utiliser le carbone plusieurs fois et permet aux groupes pétroliers en question d’extraire son propre carbone en vue de le recycler, ce qui lui revient évidemment à moins cher que de l’acheter.

Deuxième volet de la controverse : les engagements des entreprises sont-ils réellement bénéfiques ?

Les entreprises sont investies et engagées dans la lutte contre les émissions de CO2, grâce au marché.

    Des dispositifs économiques sont prévus pour rendre le marché du CO2 intéressant pour les entreprises, qui sont le carburant de ce marché. Par exemple, elles sont financièrement protégées contre une trop forte augmentation du prix de la tonne de CO2 : dans le cadre des fameux MDP (Mécanismes de Développement Propre), les entreprises peuvent réserver des quotas dans des pays en voie de développement, pour les réutiliser si besoin. Dans une situation inverse de baisse du prix du quota du CO2, comme c’est le cas actuellement, tout n’est pas perdu ; certaines entreprises ont simplement vu une opportunité à saisir pour récupérer des projets de développement propre abandonnés pour les “stocker” puis les lancer à nouveau lorsque le marché ira mieux. Comme quoi il existe de plus en plus d’industriels s’attachant au marché du carbone, quelque soient les fluctuations du marché.

On recense même des entreprises qui  n’hésitent pas à se mettre en déficit de quotas pour une période, sans craindre de pouvoir en racheter plus tard si besoin.

Par ailleurs, même les premières incitations à diminuer la quantité de CO2 rejetée dans l’atmosphère ont eu de bons résultats : 200 millions de tonnes il y a un an, selon Pricing carbon (ouvrage).

Le marché n’est pas non plus le seul à décider de quelle stratégie est la meilleure : il ne faut pas oublier que ce qui détermine le succès d’une entreprise, c’est aussi la satisfaction de ses clients, de plus en plus sensibles aux questions environnementales. Les industriels ont donc vraiment intérêt à faire attention ; les entreprises faisant peu d’efforts sont mal vues et se voient dans l’obligation, tôt ou tard, de franchir le pas et de prendre des mesures de protection de l’atmosphère.

… Mais, l’engagement des entreprises devient lui même un produit financier, soumis aux caprices du marché.

Mais c’est justement là qu’est le « hic » : la diminution des émissions de CO2 dans l’atmosphère devient un objet de publicité. Finalement, les entreprises fortement polluantes finissent par vendre leurs engagements : la stratégie employée dépendra de la satisfaction des « consommateurs du marché du carbone », en premier lieu les consommateurs écologistes qui sanctionneront par leurs choix les produits les plus conformes. Ce n’est évidemment pas un mal en soi, c’est même très positif si cela contribue à sauver la planète. Mais ce mécanisme a une faiblesse : à terme, il y a un risque de concurrence entre les entreprises sur les produits éco-responsables.

Pessimisme ? Non, car cela a déjà commencé : CO2 Solutions, une entreprise Québécoise, s’est spécialisée dans la production de brevets en matière de solutions de protection de l’atmosphère contre les rejets de GES. Le problème est que naturellement, cette entreprise privatise ses produits… alors que la lutte contre la pollution intéresse tout le monde et que cette cause ne doit pas être soumise au bon vouloir de quelques personnes. Les solutions à la crise environnementale rentrent donc dans le jeu des marchés et donc de la libre concurrence, qui risque fort d’être un frein aux solutions innovantes, ne pouvant pas être appliquées faute de détention des droits nécessaires. Non, la cause de la planète est une affaire publique qui doit le rester. C’est très bien que des entrepreneurs en fassent leur spécialité, mais ils doivent veiller à ne pas avoir une activité contre-productive !


Synthèse : La logique de marché est trop fluctuante pour que l’on puisse parler de réel intérêt pour les entreprises car cet intérêt est variable, mais la lutte contre les émissions ne peut se passer d’elles et doit faire au mieux pour les intéresser : rentrer dans le jeu des places financières, tout en gardant un caractère public et non soumis aux décisions des industriels.