Nos avis

Noël Glémot : Le marché du carbone est l’une des conséquences directes du protocole de Kyoto. Le but du protocole de Kyoto (et donc celui du marché du carbone) est clairement écologique, et il fait explicitement référence au réchauffement climatique dans son traité. D’après moi, cet objectif est tellement prépondérant que les objectifs que je qualifierais de secondaires, comme le développement des nouvelles technologies ou le transfert de ces technologies dans les pays en voie de développement (ces deux objectifs ayant largement échoué) ne méritent pas d’être examinés si l’on veut discuter de l’efficacité, c’est-à-dire de la réussite du marché du carbone.
Dans ces conditions, les indicateurs de l’efficacité du marché du carbone seront principalement les évolutions des émissions de GES pour les pays concernés. Et même si ces résultats sont très probablement gonflés, car/et qu’il est difficile d’estimer les émissions de GES, on peut constater une diminution pour les pays dis de l’annexe II (malheureusement ces pays ne représentent que 15 % des pays signataires du protocole de Kyoto, ce sont surtout les pays de l’Union européenne), qui fera probablement atteindre leurs objectifs aux pays qui s’en étaient fixés, à savoir une diminution de 8 %. La deuxième phase du protocole se terminant fin 2012, des rapports faisant le bilan de ces chiffres devraient arriver dans les prochains mois. En ce qui concerne les pays qui ne se sont pas fixé d’objectifs chiffrés, les résultats sont toujours aussi alarmants.
Cependant de mon point de vue, ce n’est qu’une pseudo réussite car ces chiffres doivent être tempérés par deux facteurs : les sommes investies par les pays ou les entreprises pour y parvenir et la nature des économies de GES réalisées.
En effet, compte tenu des sommes engagées, on peut fortement émettre l’hypothèse qu’un autre système aurait pu faire des résultats comparables pour moins de dépenses. Je pense en particulier à toutes les fraudes et abus qu’a pu connaître le marché du carbone et ses mécanismes. Tous les pays de l’annexe II en ont connus et les sommes perdues sont pour moi trop élevées (le mot scandaleux serait approprié).
D’autre part comme évoqué dans le développement, les projets réalisés ne se sont presque pas fait en Europe, je rappelle que les investissements se sont fais en 2007 à 73 % en Chine, 6 % au Brésil et 5 % en Inde, le reste du monde se partageant le reste des investissements. Il me semble évident que si l’on faisait voter les français par référendum pour qu’ils donnent leur avis sur ces centaines voire milliers de milliards d’euros qui sont investis en Chine, au Brésil ou en Inde afin que les entreprises françaises y étant implantées respectent leurs quotas d’émission, les français préféreraient investir en France quitte à ne pas atteindre les objectifs ou à devoir investir davantage.
En conclusion, et comme j’ai pu le constater lors de mes recherches pour l’élaboration de ce document, il me semble que l’écologie à grande échelle et le libéralisme ne font pas bon ménage et qu’il est très compliqué de les faire s’entendre.

 

Gwendal Le Moulec : L’humanité s’est engagée sur la voie du progrès technique dès son plus jeune âge et a donc pris la responsabilité de détériorer, ne serait-ce que de manière négligeable, la qualité de l’air. Ce choix n’est pas condamnable car l’humain a aujourd’hui besoin de produire et donc de polluer. En effet, de nombreuses activités pratiquées dans le but de servir l’humanité contribuent à la pollution de l’air, par exemple l’utilisation des avions. Cependant, l’humain a reçu un dépôt : la Terre, sur laquelle il vit. La Terre ne nous appartient pas, il faut donc la préserver ; n’oublions pas que nous ne sommes pas les seuls êtres vivants…
Donc, oui, l’humain a le droit de polluer, mais très peu. Le système d’échange des quotas est une solution qu’il a trouvée pour limiter cette pollution, avec ces avantages et ses inconvénients. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, cette solution a été sacralisée par la loi du marché et par voie de conséquence, favorise les plus forts au détriment des plus faibles. De même, si l’intérêt des plus forts est de polluer trop, ils le feront. Il faut donc continuer à chercher des solutions qui remettront l’humain et son environnement au centre des préoccupations. Cependant, cela ne sera possible qu’avec une remise en question très sérieuse de cette “loi du marché”. Pour commencer, il est nécessaire que chacun d’entre nous se remette lui-même en question, car comme le confirment des sociologues comme Emmanuel Todd, les systèmes gouvernementaux dans le monde sont le reflet des structures familiales, donc des valeurs individuelles.

 

Maxime Lorant

Maxime Lorant : Cela fait plusieurs années que l’Homme a pris conscience de son impact sur le monde qui l’entoure. De ce fait, de nombreuses institutions sont d’accord sur le fait qu’il est urgent de réduire cette empreinte, via le développement durable, terme qui a surgi rapidement, en même temps que cette prise de conscience.
C’est pour cette raison que le marché du carbone a vu le jour, via le protocole de Kyoto. L’intention de départ était un effort collectif afin d’optimiser l’utilisation énergétique de l’Homme sur Terre. Sur le papier, cela semblait rentable pour tout le monde : effort écologique, économies pour les entreprises sur certains points, regain d’intérêt pour la recherche technologique afin de réaliser des installations plus propres… Le projet est même réussi dans la plupart des cas : on se trouve aujourd’hui avec une majorité de pays où le rejet de GES est en baisse. Le protocole de Kyoto a même favorisé le développement dans les pays plus faible, via les projets MDP.
Cependant, nombreuses sont les entreprises qui ont contourné le système afin de profiter du système. On a pu remarquer un nombre important de fraudes, qui viennent ternir l’image du projet, ainsi que son efficacité. En effet, ces fraudes pèsent dans le coût du projet pour les Etats, ou même pour des entreprises qui jouaient le jeu. A mon avis, ce protocole de Kyoto a besoin d’être mieux supervisé, avec plus de sanctions, afin d’éviter les débordements et continuer d’avoir un comportement responsable pour notre planète.

 

Noman Zaouga : Il y a un besoin urgent de trouver la transition optimale vers des émissions modestes en carbone, afin de garder le réchauffement futur à un seuil maximal de 2 degrés Celsius. C’est l’une des raisons pour lesquelles les pays signataires du traité de Kyoto ont mis l’accent sur le rôle du marché du carbone pour contribuer à baisser ses émissions. Le marché du carbone est une très bonne idée, mais celui-ci n’a pas été assez réfléchi quand il a été créé. Il est important de reconnaître les résultats accablants qui doivent nous mettre en garde sur les risques de ce nouveau marché. Celui-ci révèle des fraudes de crédits « carbone » qui ne peuvent pas être ignorées. Alors que des entreprises perfectionnaient leurs images de marque, en respectant les lois, pour améliorer l’environnement et effectuer des efforts de développement durable, ils ont dû subir divers actes illégaux. Les premières réactions à la corruption et les abus dans le commerce de compensation carbone ont été un premier indicateur des problèmes fondamentaux dans la structure du marché. Ce système d’échange attire des groupes de criminels hautement organisés, avec un seul objectif, se faire de l’argent rapidement sans se faire prendre.
Le MDP était censé aider les pays « pauvres » mais ce n’est en réalité qu’une incarnation moderne d’un lourd passé colonial.
Notons que la fraude à la TVA n’est pas un cas isolé pour les quotas, en effet, plusieurs produits, par exemple les vêtements, se font échanger sur ce même principe de fraude, cependant ce n’est pas une raison pour que le marché vestimentaire a fermé. De même, pour les attaques informatiques, on les retrouve souvent dans le système bancaire qui existe toujours.
Mais, même si ce marché a appris de ses erreurs, cela ne change pas le fait que les États se soient fait extorquer des sommes colossales et que ces escroqueries risquent d’affecter la confiance des utilisateurs. Après plusieurs années d’échange de quotas carbone, le niveau de CO2 dans l’atmosphère continue d’augmenter chaque année et nous n’avons pas encore trouvé des sources d’énergie alternatives aux énergies fossiles. Nous avons appris de précieuses leçons de ces deux premières périodes, mais la leçon la plus précieuse est la réalité d’un marché politique et réglementaire non harmonieux, qui nuit à la crédibilité pour la protection de l’environnement et pour son bon fonctionnement. Il faudrait envisager un marché commun et tenir compte des réalités de la capacité de développer de nouveaux mécanismes tout en trouvant un niveau acceptable d’intrusion. Enfin, il faut attirer l’attention sur la responsabilité collective de faire face au changement climatique.